Music Monday #16 – Stupeflip
Blog on 7 mars 2011

    Cette semaine, tranchons radicalement la tendance à grands coups d’incisives.
    Stupeflip
    Soit tu grinces des dents, soit tu bouges ta tête.
    OVNI dans la scène musicale, réfractaire à la promo, insolent face à la presse, ces 3 énergumènes attirent par la provoc’, le mauvais genre, et un goût certain pour le travail du bois.

      Produit par: Des mecs
      Label: Etic System
      Genre: Inconnu (punk/rap/variété)
      Sortie: 28 Février 2011
      Website: www.stupeflip.com/

      Considéré par beaucoup au départ comme une vaste blague de post-adolescents, composé de King Ju, Cadillac et MC Salo, Stupeflip (ou le C.R.O.U.) est un groupe mélangeant le punk, le rap et la variété dans un univers sombre et glauque (l’ère du Stup, ici la troisième) où se côtoient plusieurs personnages. Ils ont fait le buzz en 2002 à la radio avec « Je fume pu d’shit » et sont passés à la télé et à la radio, où les gens n’ont rien compris.
      Entre Cauet qui avait dit : « faut vous centrer sur le marketing les gars, ça peut vous rapporter gros si vous vous démerdez bien », ou encore Ardisson qui les a virés car ils foutaient le bordel, le Stup distille un univers bien à lui.

      King Ju

      Côté son, Stupeflip a la recette pour créer des boucles entêtantes, troublantes, uniques avec un arrière goût de bidouillage de samples
      « Prendre des p’tits bouts d’trucs et puis les assembler ensemble », une formule qui résume bien leur univers.

      Ce qui surprend en premier lieu est le côté hip hop de ce nouvel album. Les morceaux hard de Stupeflip type L’Epouventable Epouventail ou A Bas La Hierachie sont absents d’Hypnoflip Invasion. A la place, on trouve une collection d’allitérations impressionnantes et King Ju y fait sonner les mots en ramenant à la vie ses personnages fétiches : Pop Hip, Cadillac, Reverb Man…
      Cette troisième ère du Stup (chaque ère correspond à un CD) est une porte entrouverte vers un monde onirique et glauque, mêlant traumatisme d’enfance, mélodies tourmentées et humour fantasque.

      Premier extrait public à voir le jour, le morceau « La Menuiserie » symbolise un bon aperçu de l’endroit où on se trouve. Avec comme base une grosse guitare saturée accompagnée d’un beat tranchant, les paroles sont un mélange de désespoir et de revendication.
      Avec ce morceau, on a vraiment le sentiment d’être face à un véritable concept-album où les personnages de King-Ju (Julien Barthélémy) rayonnent par leur haine du formatage.
      En résumé “ T’as qu’à presser sur stop, si ça t’constipe.

      La Menuiserie by Vv.

      Passons maintenant au single « Stupeflip vite! » qui perpétue le style en crrr’ des premiers albums, cette veine aux doigts sales et à la rythmique craspec qui fit les gloires de Ju et Cadillac. Sur fond orchestral, le Stup tranche avec des lyrics enragées, surtout contre l’industrie musicale, le procès avec BMG étant évidemment passé par là; on a cherché à « bâillonner » et « ligoter » le C.R.O.U., il est « cramé dans les FNAC » mais «toujours en activité».
      Les paroles sont, elles, à l’image de ce qu’à fait le combo dans le passé, nostalgie et psychanalyse de l’enfance torturée en priorité.
      Le morceau « Le Spleen Des Petits » est touchant et rappelle fortement le travail accompli sur «Les Monstres», extrait du second album.

      Stupeflip, vite! by Vv.

      King Ju

      Sinon, il y a des morceaux vraiment hors-normes, cassant avec le rythme de l’album pour accentuer l’exubérance du voyage auditif.
      Des tracks comme « Gaëlle« , « Ce petit blouson en Daim« , ou bien « Le Coeur qui cogne » (Big Up Corynne Charby) font penser à un revival du Top 50 version 1980 du plus bel effet.

      Mais celui qui a le plus attiré mon attention est « Apocalypse 894« .
      Avec sa mélodie entêtante au synthé, elle est l’une des plus paisible de l’album, représentant assez bien le fait que Stupeflip peut aussi se calmer un peu.
       » The C.R.O.U., it’s just another way of thinking… » tout est dit!

      Apocalypse 894 by Vv.

      Avec cet opus, Stupeflip risque de se débarrasser de l’auditoire qui écoutait le combo juste pour se fendre la gueule… à voir si ce sera bénéfique pour l’avenir du groupe, mais au vu de l’état d’esprit affiché, on peut gager que cela ne les dérangera pas outre mesure.
      Avec un nombre élevé de skit (8 avec l’intro) cet album raconte avec rage et passion la vie de personnages fictifs, parallèle évident à la vie du groupe avant indé, maintenant sur une major.
      Si les compositions ont évolué vers de vrais titres hip-hop énervés et de moins en moins parodiques, aux gros beats qui tâchent («Check Da Crou»), où les MCs de Stupeflip se répondent du tac au tac dans un ordre de bataille élaboré qui laisse peu de place à la déconne rythmique, les paroles prennent une profondeur qui était moins visible avant.
      C’est presque de la poésie dans l’esprit et ça désarçonne un peu, même si l’on sait que «Depuis Que Je Fume Plus De Shit» n’était qu’une façade radiophonique du C.R.O.U. ..

      Pour les fans de:
      Stupeflip, Les Béruriers Noirs
      Cover Front